C’est lui qui m’a rappelé qu’il devait se livrer en entrevue. Je ne lui en n’avais pas reparlé.  J’avais au fond de moi un certain malaise parce que je savais qu’en livrant son témoignage, ce serait encore mon foutu bobo-coloc-herpès la grande vedette !

Mais il avait raison, malgré le fait que je me sentais fébrile c’était un excellent moment. J’ai donc sorti le petit cahier où j’avais noté mes questions, nous nous sommes assis l’un près de l’autre et avons commencé.

1. Est-ce que j’ai bien choisi le moment pour t’annoncer que j’avais l’herpès ?

Pour vous mettre en contexte, je lui ai annoncé à notre 3 ou 4e rencontre… Fort probablement la première fois où nous nous sommes embrassés bref, c’était au tout début.

–  C’était parfait.  Je ne pense pas que tu aurais pu choisir un meilleur moment Bobette.
– Tu sais, de toute façon, je ne crois pas que j’aurais pu attendre plus longtemps,  ça me donnait l’impression de faire une fausse représentation de moi-même et c’est un poids tellement lourd à porter que celui de faire face au rejet.

2. Est-ce que j’ai dit les bonnes choses ?

–  Je dois  t’avouer que je t’ai trouvé un peu trop pro-herpès… Tu disais que presque tout le monde est porteur… À t’entendre, on aurait dit que dans peu de temps toute l’humanité serait affectée……. Ôôôôô grande prêtresse de la secte de l’herpès !
– Ah ?  *
**rire*** Tu trouves que ça faisait un peu trop «sale pitch»  finalement ?

– Oui c’est ça !  Ça faisait trop arguments de vente ton affaire !!!
– Mais avoue que c’est pas mal difficile d’annoncer ça de façon positive sans tomber dans l’hyper positivisme… C’est tout un enjeu qui se joue au moment où on l’annonce!

–  J’avoue et je me suis rendu compte avec le temps que ce n’est pas aussi facile pour toi que tu le laissais paraître. Je sais maintenant à quel point ça dû être difficile et tu sais, en gros Bobette, tu m’as dit les bonnes choses.  Outre ton hyper-positivisme, tu ne m’as rien caché, tu as été honnête sur toute la ligne et au bout du compte, je suis resté.

3. Est-ce que ça aurait été différent si je te l’avais dit après une première relation sexuelle ?

– Je n’aurais pas été content et je me serais précipité à L’Actuelle !   Je ne crois pas que je l’aurais aussi bien pris.  Je n’ai pas été mis en contexte mais c’est certain que ma perception aurait été différente.
–  Je comprends mais je te l’aurais probablement annoncé autrement en te rassurant sur le fait qu’il n’y avait pas de risque de transmission au moment où nous avions couché ensemble.

– Ça aurait été différent quand même.  Le fait que tu me l’aies dit au tout début m’a fait découvrir un trait de ta personnalité que je recherchais.

4. Pourquoi es-tu resté ?

– Tu sais Bobette si je faisais une représentation graphique de la situation, ça ressemblerait à deux tartes rondes avec chacune une toute petite pointe de couleur.  Dans ma tarte à moi, ma perception de l’herpès n’est que la toute petite pointe.  Tout le reste c’est toi et l’image que j’ai de toi.  L’herpès n’est qu’une infime section alors que pour vous, c’est l’inverse.  Vous donnez toute la grosse part à l’herpès en mettant votre personnalité dans la toute petite pointe.  Vous vous percevez comme l’H mais ce n’est pas ce que vous êtes et je suis resté parce que je ressentais que tu étais une belle personne.  Je ne voyais pas l’herpès comme un gros obstacle.

5. Comment as-tu pris ta décision ?

– Je n’ai pas pris de décision comme tel. J’ai pris de l’information à différentes sources, je suis allé à la clinique l’Actuelle et j’ai jugé que ce n’était pas un facteur pour ne pas poursuivre ma relation avec toi et ça fini par s’intégrer tout naturellement dans ma vie et ma relation avec toi.

6. Que ferais-tu si tu l’attrapais ?

– C’est certain que je n’ai pas envie de l’attraper mais si on est encore ensemble il me semble que ce ne serait pas si pire.  N’est-ce pas ?  Qu’est ce qui se passerait Bobette au juste?  Est-ce que tu aurais peur que je te le re-transmette ?  Est-ce que ça changerait quelque chose si je l’attrapais ?
– Bien sur que non.  C’est certain que je me sentirais coupable mais, une chose est sûre : je n’aurais plus peur de te le transmettre !!!  Il faudrait seulement faire attention lors de nos crises afin d’éviter de s’auto contaminer : faudrait quand même pas jouer avec le feu !!!

– Bon alors comme je disais, je ne voudrais pas l’attraper mais si on est encore ensemble ce ne sera pas si pire.  Je ne voudrais pas être célibataire avec l’herpès.  Déjà que ce n’est pas simple de rencontrer quelqu’un sans…

7. Mets-tu ton choix en doute ?

– L’herpès n’a rien à voir là-dedans.  Si je remettais mon choix en doute ça ne serait pas à cause de ça.

8. Est-ce que tu y penses souvent ?

–  J’y pense parfois mais je ne m’en fais pas trop.  Ce n’est pas quelque chose qui me préoccupe.

9. Voudrais-tu ajouter un commentaire ?

– Oui… Tu sais Bobette, pour moi l’herpès c’est une caractéristique comme une autre. Il y a un paquet de facteurs pour lesquels on aime quelqu’un et quand on retrouve ce que l’on recherche et toutes ces petites choses qui font qu’on se sent si bien, l’herpès n’est vraiment pas un obstacle.

Je pense que je devais avoir les yeux bien humides parce qu’il m’a pris dans ses bras…

Puis oui…. Si j’étais si fébrile ce jour là c’est que j’avais une méga crise, que je me sentais hyper vulnérable et que je me percevais comme la tarte où l’herpès prend toute la place.

Et ça m’a fait tellement de bien d’entendre son témoignage…

Merci mon amoureux !