En réponse au billet «L’amour au temps de l’herpès» nous avons reçu ce texte avec la permission de le publier. Merci à l’auteure de qui nous n’avons pas la griffe (ce n’est peut-être qu’un oubli) et qui reste donc dans l’anonymat…

N’hésitez pas à laisser vos commentaires, elle les lira très certainement!

____________

La vie est vraiment mal faite et je vais vous expliquer pourquoi je dis ça. Certains ne me comprendront pas… Normal, parce qu’en quelque part, je ne me comprends pas non plus.

Voilà. Je lis le blogue depuis assez longtemps pour en avoir bénéficié énormément et pour avoir fait un constat important : le dire et le redire est compliqué. On a peur de le rappeler, d’en rediscuter, de tout remettre en péril, etc. parce qu’en fait on a un humain devant soi et étant nous même humain, on se dit qu’on prendrait peut-être peur nous aussi devant la nouvelle et les multiples rappels qui doivent être fait.

Vous souhaitez tous avoir un copain qui n’en fera pas de cas, qui vous verra comme vous étiez avant et qui ignorera ce détail de votre vie pour qu’enfin elle redevienne à peu près normale et que son je m’en foutisme, vous l’espérez, sera contagieux. Et bien, j’ai ce copain. Mais croyez le ou non, je viens de lui péter une solide coche il y a de ça une heure, à cause de ça précisément. Son comportement ne fait pas mon affaire!

Cinglée vous me direz ? Peut-être. Je m’explique.

J’étais avec lui lorsque j’ai appris que le petit bobo que j’avais entre les jambes c’était l’herpès. Arrivée à la maison, je lui ai dit sans hésitation et lui ai expliqué ce qu’il en était. À ce moment j’affichais un certain positivisme parce que le médecin que je venais de rencontrer avait été positive. Sa réaction a été des plus banales : il a fait son vrai gars : «ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort». J’aurais très bien pu suivre son état d’âme et penser la même chose mais, non, je ne le pouvais pas.

Le lendemain, après avoir dormi là dessus, je me suis dit qu’il allait bien se réveiller. Non rien jamais, jamais rien. Et quelques jours plus tard, après avoir été positive un certain temps, j’ai pleuré toute une nuit avec lui à mes côtés. Il ne disait rien parce que fondamentalement, il ne voit pas pourquoi j’en fais un cas. Il ne comprend vraiment pas parce que pour lui, ce n’est réellement rien : ce n’est pas grave même s’il est au courant des douleurs, des médicaments à prendre chaque jour et tout.

Je suis avec un éternel positif et ça me rend folle. Je suis avec l’homme supposément parfait qui m’accepte tel que je suis et pourtant j’ai qu’une envie, c’est qu’il me dise : «Wow pauvre toi. Je t’accompagne dans la rage et je vais être frustré contre la vie un bout avec toi, tu seras pas toute seule dans ta rancœur.»

Sachez qu’être complice de l’herpès ce n’est pas seulement l’accepter, c’est le comprendre et ça malheureusement, je pense que seules les personnes prises avec une maladie peuvent comprendre ça, toutes maladies confondues. Il y a des journées comme ça où je m’ouvrirais la poitrine et que je sortirais un microscope pour essayer de le trouver le petit criss de coloc. Il est en quelque part pas trop loin je le sais !!! Je paierais des milliers de dollars pour avoir une analyse d’un de mes cheveux pour savoir à quel moment précis de ma vie je l’ai pogné. Même si on s’en fou et que ça changerait rien. JE VEUX SAVOIR. Je réussis beaucoup dans la vie, mais ça, ÇA, je n’y peux rien !!!

Qui peux comprendre ça à part vous ? À part un gars qui l’a aussi ? Je compare ça à un meurtre dont la famille veut savoir qui est le coupable, même si leur être cher est déjà décédé. ON VEUT SAVOIR. Et le jour où le coupable sera incarcéré, on sera enfin «libre», pourtant non, on ne le sera jamais réellement parce que la réalité sera toujours pareille.

Je veux le contraire de ce que vous souhaitez. Je veux un chum conscient qui va avoir un peu peur, du moins pendant une certaine période, qui va trouver ça donc plate et difficile de temps en temps. Un chum qui va comprendre comment je suis en criss de ne pas pouvoir faire l’amour un soir et que non non et NON, je n’ai pas envie que de caresse et que j’ai envie d’une vraie bonne baise sans pouvoir le faire parce que j’ai le principal intéressé qui me chauffe !!!!!!!!!!! Mon chum me dit des trucs comme « ben voyons, c’est bien pire de peser 300 lbs me semble, t’es tu vu? T’es une chicks et tous les gars te regardent tout le temps ».

SI TU SAVAIS COMMENT J’AIMERAIS PESER 300 LBS!

Je pourrais le perdre viarge !!! J’irais au gym pis je le perdrais !! L’herpès c’est irréversible !! S’il savait tout ce que j’échangerais pour ne plus l’avoir !!

Je chiale contre un gars qui a la bonté de me demander : pisss qu’est-ce que Bobette à raconter cette semaine ? Pouvez-vous le croire ?

Je l’aime mon chum. Je l’aime, mais je m’éloigne de lui parce que je me sens incomprise. Et au fond, ça doit être moi qui ne comprends pas l’amour suffisamment et que je ne comprends pas que l’amour c’est fort à ce point là. Mais pour moi, l’amour ce n’est pas diminuer ou ignorer ce qui fait partie de moi, mais c’est partager ce qui fait partie de moi. Et je ne parle pas de le transmettre évidemment, je parle de vivre la tristesse et le désarroi qu’il me fait vivre, autant que les fous rires. Je vois bien qu’avec le temps on y pense moins, mais on y pense pareil, malheureusement. Pour une personne non-atteinte, les mauvaises expériences restent là où on les a laissées et on les oublie réellement je crois. Le coloc il n’y a pas trop de façon de le laisser.

Mon commentaire : Be careful what you wish for! Présentement, je souhaite un copain qui ne va pas prendre dans ses mains le boulet accroché à mon pied, mais qui va souder une seconde chaîne à mon boulet pour prendre la difficulté à moitié. Qu’il comprenne qu’on peut diminuer son impact dans notre vie de couple sans le taire complètement. Présentement je veux ça et vous voyez, si mon copain était comme ça, bien peut-être que je voudrais qu’il revienne en arrière et qu’il continue d’agir comme si ce n’était rien.

Alors ça revient à ce que je disais… La vie est mal faite.