Je vous raconte.  Parce qu’il n’y a qu’à vous que je puisse le faire.  Parce que l’herpès, même asymptomatique, même relativement bien accepté et vécu, est pourtant toujours présent, comme une petite roche dans un soulier qui revient parfois se planter droit sous la plante.

Vous le savez j’ai un amoureux.  Un amoureux à qui j’ai du annoncer que je partageais ma culotte avec un petit copain.  Un amoureux qui a d’emblée accepté la situation et avec qui je vis une belle histoire depuis.

Lorsque je lui avais fait ma douloureuse annonce, mon amoureux m’avait raconté que son meilleur ami avait eu une relation avec une fille qui avait également l’herpès.  Cet ami, aux dires de mon amoureux, n’avait jamais été très à l’aise avec la situation parce qu’au final, il n’était pas vraiment amoureux de la fille.

Bref, avec mon accord, il a discuté de ma situation avec cet ami et bien que l’on n’en ait jamais reparlé, je présume depuis que l’ami en question connaît mon petit secret.

J’imagine aussi qu’il n’a pas réfléchi.  Peut-être même n’a-t-il même pas fait le lien.  Qu’il a oublié. Parce que pour lui je ne suis pas l’herpès.  Je suis l’amoureuse de son meilleur ami.  Mon amoureux lui a relevé la bévue, j’en suis convaincue.

Alors qu’on se baignait dans une rivière gelé, l’ami offre à l’amoureux de lui prêter son wet suit.  Devant l’amoureux hésitant l’ami lui lance :  j’ai pas l’herpès t’es correct!

Ouch!

Et l’amoureux, soucieux sans doute de minimiser l’affront (parce qu’on n’a jamais discuté de cet événement par la suite) de répondre :  moi j’en ai parfois, sur la bouche!

Gentil choux!

Je ne lui en veux pas à l’ami.  J’aurais pu faire une telle connerie.  J’en suis capable.  Mais malgré tout je n’y peux rien, je me suis sentie mal.  Je me suis sentie comme un gros bouton.  Une lépreuse indésirable.  Et j’avais vachement envie qu’on change de sujet et pas du tout envie de me faire la défenderesse des herpétiques de ce monde!

Comme quoi, c’est jamais gagné!