Mlle YX nous a envoyé ce texte en nous laissant libre arbitre de le publier ou non………  Mais c’est certain qu’on va le publier pardi!!  Non seulement parce qu’il est très bien écrit mais également et surtout parce que c’est tellement ça!  Ce que nous vivons tous, ce que nous appréhendons.  Le temps.  Le temps avant et le temps après.  Cette marque laissée par l’herpès.  Comme une lame sur le poignet de l’âme!  Merci Mlle YX.  Vous êtes bienvenue quand vous voulez!

C’est en me retapant la lecture quasi complète de tous les textes de ce blogue, le but étant de tenter d’équilibrer ma pression sanguine (si je me coupe par inadvertance, je vous garantis que le sang va gicler jusque dans la cour du troisième voisin) dans un moment d’angoisse intense (qui dure depuis une semaine) que j’ai décidé de me rejeter sur une page blanche virtuelle.  J’implose.  Respirer dans un sac brun ne suffit plus.  Me tenir loin de tout objet contondant non plus.

Mise en contexte rapide.  J’ai eu mon diagnostic d’herpès il y a un an, j’ai suivi le même chemin de croix que tout le monde ici.  Envers et contre tous ces raisonnements rationnels et irrationnels avec lesquels j’ai dû me débattre en bonne nouvelle stigmate digne de ce nom, j’ai croisé un charmant prince dernièrement, un puceau de l’herpès et le premier qui m’a mis assez en confiance pour lui donner la clé de mon identité et de mon secret.  Le premier qui sait « tout » sur moi.  Je l’ai informé, éduqué, et je crois que j’ai accompli cette tache tâche comme une grande fille.  Je lui ai ensuite donné l’espace nécessaire pour sa réflexion.  Et là, maintenant, j’attends patiemment depuis une semaine, depuis 10080 minutes, son verdict à savoir s’il y aura une suite à notre relation.   

Dans le dernier mois, mes contacts avec lui étaient aux deux jours environ.  Pas évident d’être maintenant assourdie par le silence…parsemé du chant d’un criquet au mois d’août…à l’aube du mois de décembre.  Je fais présentement le piquet à cette lumière rouge, dans ce « twilight zone » qu’on redoute tous et celui qui risque de faire le plus mal dans toute cette aventure que l’on vit; la peur du rejet.  La peur de passer à côté du bonheur à deux.

Oui, je me suis raisonnée un million de fois depuis ces 10082 minutes.  « S’il me rejette, ce n’est pas à cause de ce que je suis, ce n’est pas ma personne qui est en cause…je dois garder confiance en moi et en la vie…ce n’est pas la fin du monde…s’il disparaît, c’est seulement qu’il n’était pas le bon pour moi…etc ».  N’en reste pas moins que, même si on a trouvé le moyen de ne pas prendre ce possible rejet de façon personnelle, il fait tout aussi mal aux sentiments et aux émotions.  Il ecchymose la confiance, il grafigne l’espoir.  Il joue au yo-yo avec le petit lac qui se forme dans la rangée du bas de nos cils.  Il ravale difficilement la salive.  Il nous donne un aperçu de ce que ce doit être de vivre avec de l’asthme, sans pompe à portée de la main.  Il donne une volée à nos besoins fondamentaux :   manger et dormir.  Il siphonne le seul neurone de logique qu’il nous reste.  Et on accumule, sans trop s’en rendre compte, trop je dis, beaucoup trop…10094 minutes de sourde souffrance.  Preuve que les dommages psychologiques sont à des années lumières plus importants que les impacts physiques de cette condition tellement humaine, et qui pourrait être d’une banalité digne d’un barreau de chaise, si ce n’était justement de la présence de ces dommages psychologiques.

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression de vivre et revivre les étapes du deuil, en boucle et en accéléré :

Le choc :   à chaque matin, lorsque je me réveille et que je reprends conscience de ma position dans l’univers de ma vie.  Des dizaines de fois par jour, c’est-à-dire chaque fois que je reviens sur le sujet dans ma tête après l’avoir laissé tombé un instant pour faire avancer les autres domaines de ma vie.

Le déni :   je pèse sur « snooze » et retombe endormie de facto durant 8 minutes, car j’ai passé le plus clair de ma nuit à faire de l’insomnie.

La colère :   POURQUOI EST-CE QUE JE N’AI PAS ENCORE REÇU DE SES NOUVELLES ?!?!?!?! 

L’abattement, la tristesse, la dépression :   Nettoyage des glandes lacrymales en cours.  Douche de joues.

La résignation :   Ouin…pis ? 

L’acceptation :   NEXT !!!

Et là, je reprends conscience qu’il ne m’a pas encore donné sa réponse définitive malgré tous les scénarios que j’ai pu me farcir en réponse à l’interprétation de son silence.  Je n’ai pas entendu SA réponse à lui, son verdict final.  Sagement, j’attendrai la voie voix de mon charmant prince.  L’espoir grafigné lève timidement la main.  Je lui tends la mienne pour qu’il se relève.  Et le petit manège recommence.

Tout ça est normal et vous n’êtes pas seul(e).  Mais ça fait mal.  Mais vous n’êtes pas seul(e).  Tout ça est ma compréhension de cette petite phrase que j’ai lue souvent ici :   « on vous comprend !».

Un site comme celui-ci m’aidera cependant à passer l’étape la plus importante, celle que je n’ai pas encore atteinte :   la résilience.  Cette étape que les fondatrices du lieu virtuel de réconfort  dans lequel vous vous situez présentement ont dépassée et apprivoisée.

Bon, je retourne à mes 10151 minutes d’attente.  Merci d’être là.

Mlle YX