Ma copine Loulou m’appelle pratiquement tous les matins.  On se raconte tout et rien et on partage nos idées sur la vie.  Il arrive parfois qu’une de nous deux ait un fait marquant à raconter.   Ce matin là, Loulou n’en pouvait plus de ne pas me dire.

Loulou dans un souffle:   Aaaaaaah!  Faut que je te dise.

Nitouchka sentant le potin croustillant:   Raconte!

Loulou embarrassée:  Ben……. j’voulais pas te le dire………  J’ai hooooonte

Nitouchka assurée d’un potin croustillant:  BEN LÀ!!!  Raconte!!

Loulou:  J’ai un amant!

Nitouchka:  Oh!  Ça on aime ça!  Je suis toute ouïe!

Loulou:  Il y a un mois,  j’ai eu une soirée avec ma gang de ….  J’avais du fun, le vin coulait pis toute la soirée, ce gars là tournait autour mais rien ne semblait vouloir vraiment se dessiner.  J’avais aucune attente d’ailleurs.  Je prévoyais rentrer sagement chez moi.  Au moment de partir, il m’a offert de partager un taxi.  Premier arrêt chez lui.  Deuxième chez moi.

Nitouchka:  Et? 

Loulou:  Je ne me suis jamais rendue chez moi.

Nitouchka:  Ohhhh!!  T’as couché avec? 

Loulou:  Beeeen…… oui!

Nitouchka:  Et………….?  Tu lui as dit?

Loulou:  Ben……… Noooon!

Nitouchka:  Condom?

Loulou:  Ben là!  Franchement………

Nitouchka:  J’sais ben mais tsé comment chus mère poule!  Ça valait la peine au moins?

Loulou:  Franchement?  Super!!  Gentleman le monsieur.  J’ai rien à dire!  Il m’a collée toute la nuit, m’a fait le café le matin, a soigné ma gueule de bois aux aspirin et est venu me reconduire chez moi.   C’était cool, relax et je suis rentrée chez moi prête à ranger ce moment dans le tiroir des bons souvenirs.

Nitouchka:  Cool.  Mais pourquoi t’as honte?

Loulou:  Ben……… j’y ai pas dit.

Nitouchka:  Ben là!!!  Penses-tu franchement que je te jugerais là-dessus.  Tu as fait ce que tu devais faire:  t’as mis un condom, tu n’étais pas en crise, tu prends du Valtrex et en plus, il est un homme (il faut savoir que le risque de transmission de la femme vers l’homme est beaucoup plus faible que l’inverse).  Tu connais ma position là-dessus!  Il a plus de chance de gagner au 6/49 que d’avoir attraper l’herpès.  Vous étiez chauds, c’est sans lendemain.  Des risques tu en cours autant que lui.  Voilà!  No reason to be ashamed!

Loulou:  Je le sais et je partage ton opinion aussi.  Mais l’affaire c’est que je ne pensais pas qu’il me rappellerait.  Mais il l’a fait.  Et j’avais envie de le revoir.  Et on s’est revu.  Hier.

Nitouchka:  oh!?…….

Loulou:  ……….

Nitouchka:  Tu as recouché avec sans lui dire.

Loulou piteuse:  Hum! hum!  ……… J’ai ben essayé de lui dire.  Je passais mon temps à aller au toilette pour me faire des meetings de motivation mais chaque fois que je sortais de la salle de bain, le  courage que je pensais avoir rassemblé arrivait même pas à passer le cadre de porte.  Misèèèère!!!   Là je pense rien qu’à ça.  Je sais qu’il va rappeler.  Je sais qu’on va se revoir.  J’ai le goût de le revoir mais…….Pffff!   Je suis épouvantable. 

Nitouchka:  Loulou rassure-toi.   Je te comprends tellement.  Mais TELLEMENT!!  Ça fait toujours mal de devoir dévoiler notre petit secret!  Ça coûte cher.  Je le sais, tu le sais!  C’est comme se lancer d’un avion, sans parachute, en sachant que la seule chose qui peut atténuer la chute c’est un tas de marde!!  L’enfer mon p’tit minou!  N’importe qui hésiterait à sauter!  Par contre, dès que tu en as l’occasion, décharge toi de ton petit singe.  Plus tu attends pour lui dire, plus ce sera difficile.  Faut que tu lui dises!

Loulou:   Je sais.  Je le sais tellement.  Mais avec déjà deux strikes, j’ai l’impression que le bout de la manche vient de me pogner dans l’engrenage mortel du scénario d’horreur!

Mon amie Loulou et moi on s’est fait un petit peptalk mutuel pour l’aider à plonger la prochaine fois que Monsieur Gentleman lui ferait signe.  D’une part, on s’est entendues sur le fait que c’est bien pire d’être pris avec son secret que de le partager.  Et plus on attend, pire c’est.  Une rage de dent multipliée par 10 chaque fois qu’on remet ça à plus tard.  Un court bilan de toutes les fois où on a eu à le dire a suffit pour conclure qu’on se sent tellement plus légère après. 

D’autre part, M. Gentleman, on en était convaincues, n’était pas pour  lui faire une scène et la traiter de tous les noms.  Pas un gars qui te coule un café et te grille deux aspirines le lendemain de ce qui a tous les traits d’un one night. 

Monsieur Gentleman a rappelé.  Loulou avait eu le temps de mémoriser la Bible, de solidifier son courage et de faire la preuve qu’il ne sert absolument à rien de cacher quoi que ce soit à ses amies.  L’union fait la force qu’ils disaient et c’est tellement vrai. 

Devant une tasse de thé Loulou a dévoilé son secret comme on régurgite une livre de clous.  Ça faisait mal et elle lui a dit. Monsieur Gentleman a été surpris bien entendu mais fidèle à ce qu’on attendait de lui.  Il a posé des questions et cherché à comprendre ce qui lui était inconnu.  Il a remercié Loulou de sa franchise, l’a saluée pour son courage et a reçu sa vulnérabilité comme une marque de confiance.

 Ils ont eu une conversation très sincère, une conversation qui dépassait le niveau superficiel, comme rarement on peut en avoir avec des gens qu’on connait si peu.  Loulou lui a dit que c’était sa réalité, qu’elle vivait relativement bien avec mais que le choix de l’accepter ou non, lui revenait à lui et qu’elle le respecterait, quel qu’il soit.  M. Gentleman a été soulagé, elle l’a bien vu. 

Même si elle aimerait bien qu’il le fasse, Loulou ne s’attend pas à ce qu’il rappelle.   Elle le sait.  Ça se sent ce genre de truc.   Monsieur Gentleman, c’était implicitement clair depuis le début, ne cherchait pas une relation sérieuse. 

Mais ce qui est bien dans cette histoire c’est que Loulou a réalisé que, quoi qu’il puisse décider, Monsieur Gentleman n’a pas le pouvoir de la rejeter.  Quoi qu’il arrive, son choix se limite à accepter ou non l’herpès.  Il n’a pas le pouvoir de changer qui elle est et ce qu’elle vaut.  Ce choix, lui appartient à elle.

Et j’ai pensé à cette citation d’Eleanor Roosevelt et je me suis presque réconciliée avec l’herpès:   « No one can make you feel inferior without your consent. »