Je vous avais promis une histoire de sexe.  C’était pour vous apâter.  En fait, c’est une histoire de haine et d’amour.  De haine envers le grand H.  D’amour envers le grand A.

Il est cher à mon coeur depuis longtemps.  Très très longtemps.  Bien avant que je ne rencontre le coloc.  Bien avant que la vie ne me balance son lot d’expériences et quelques rides.

Et le revoilà.  Il est marié.  Rien n’est parfait dans ce bas monde.

Il est venu chez moi, une première fois.  Chastement.  Mais lorsque sa tête s’est nichée sur mon épaule et que nos corps se sont accrochés l’un à l’autre dans un aurevoir, j’ai senti la muraille trembler.

Puis une deuxième fois.  Moins chastement.  Sur le pas de la porte, nos lèvres se sont reconnues.  C’était comme si les vannes d’un vieux barrage cédaient.  J’ai su que le torrent ratisserait large si je n’endiguais pas immédiatement ce flot violent.

Mais il est revenu une troisième fois.  Et j’ai sombré dans les abysses du désir.  Aucune digue ne pouvait plus retenir ces eaux dormantes soudainement libérées.  Ma volonté et mes principes ont été emportés.

Bien entendu, mon petit coloc me regardait, amusé:  “Et dis-moi Nitouche, tu fais quoi maintenant?”

Moi:    J’ai la situation bien en main t’inquiète.

Coloc:   C’est évident.  Une fille nue dans un bain avec un homme, tout aussi nu, c’est l’image parfaite du contrôle.

Moi:  Ta gueule!

Je ressemblais à une Nitouche qui n’a rien de sainte.  Nue, me noyant dans la mousse et le vin et l’assurant que je ne coucherais pas avec lui.  Pitoyable.

Mais Lui: Ça me convient parfaitement.  Je ne suis pas pressé.  Aujourd’hui, demain, à l’Halloween, ça se présentera c’est tout.

Et il m’a attirée à lui, lovant mon corps au sien.  Devant ma résistance à l’abandon il a rigolé:

Relaxe Nitouche.  Tu sais que si tu veux me parler de ta Chlamydia je vais comprendre.

J’ai ri juste un peu trop fort.  Juste une seconde trop longtemps.

Nous avons noyé nos corps et leurs plaisirs sans jamais toutefois mélanger nos fluides.  C’était divin.  C’était souffrant.

Lorsqu’il a quitté je savais qu’il me fallait sauter du navire mais ma volonté était une guimauve grillée.  J’ai passé en revue mes beaux principes sur les hommes mariés mais je savais pertinemment que si ça n’avait été du coloc, j’aurais plongé à corps perdu dans sa galère.

C’est là qu’Ametys m’a ramenée à la raison.

Puis il est revenu.  Une quatrième fois.

C’était contre toute raison mais juste une fois, une seule fois, je souhaitais m’y laisser couler.

Je me devais de l’introduire au coloc.

J’en ai été incapable.  Parce que de tous les rejets, le sien aurait été trop douloureux.  Je n’ai pas su assumer.

C’est là que je l’ai détesté.

Je me suis cachée derrière mes principes, prétextant que cette situation risquait d’être trop douloureuse, que mes attentes surpassaient les siennes.  Que je l’attendais depuis si longtemps que je ne pourrais jamais me résoudre à une si infime partie de lui.

Le pire c’est que c’est vrai.

Mais l’encore plus pire si ça se trouve, c’est que je sais pertinemment que sans l’herpès, j’aurais sauté dans cette galère malgré la certitude de m’y fendre le coeur.

L’herpès a fait ce qui se devait.

Je devrais lui dire merci sans doute.  Mais je ne l’aimerai jamais pour autant.