Ce jour là fut mémorable…
Pour ses poussés, ses douleurs, ses pleurs, ses joies et pour le miracle qu’est la venue au monde d’un petit être humain.

Mais ce jour là fut aussi mémorable à cause du comportement imbécile d’une horde de médecins et d’étudiants sans cœur…

À quarante et une semaine de grossesse, je n’en pouvais plus de faire le tonneau et je fus fort soulagée lorsque le moment tant attendu arriva enfin. Tout se déroula parfaitement bien à l’exception que j’étais atteinte d’une petite crise d’herpès; le coloc étant toujours bon premier à arriver lors d’un événement stressant!

Ça devait aussi être une nuit de pleine lune car le département d’obstétrique, rempli à craquer, n’avait plus de chambre privée ce qui fait que je me suis retrouvée dans un dortoir communautaire avec une bonne douzaine de femmes. Fières mamans que nous étions, nous avions entrepris de parler de nos expériences de délivrance: «Votre premier? Ça bien été? Douloureux?»…

La suite s’est déroulée comme un film absurde et de mauvais goût où j’aurais obtenu le rôle de première actrice. Chanceuse va!…

Des pas s’approchent, on dirait un troupeau. Tout le monde se tait.
Les portes du dortoir s’ouvrent, laissant apparaître une horde de médecins et d’étudiants. Le premier d’entre eux a un spot d’éclairage au beau milieu du front.

Le silence règne et toutes les femmes se regardent devinant que ce n’est pas de bon augure.  La horde avance à pas soutenus jusqu’au beau milieu de la pièce et l’éclaireur s’écrit : «C’est qui la madame avec l’herpès?».

Je me sens fiévreuse, ma pression monte et j’ai des sueurs froides comme si je devais aller à l’abattoir. Je sens que les yeux du monde cherchent la bête alors que les miens se baissent… Prise au piège, sans aucune avenue disponible, je soulève doucement la main comme pour avouer mon crime…

J’ai la voix qui tremblote un «C’est moi» à peine audible. Les regards inquisiteurs stoppent leur course et se posent sur moi.

La horde se précipite sur mon lit, tire les rideaux avec fracas et l’éclaireur s’exclame avec la voix d’un baryton qui aurait eu de la poudre à canon au cul: «Écartez les jambes, nous sommes venus étudier le coloc, vous êtes sous observation!». Ébahie, je m’exécute stupidement devant le spot frontal de l’éclaireur alors que le restant du troupeau s’approche, observant les moindres replis de mes parties intimes endolories et gonflées par la naissance. Personne ne remarque les larmes qui coulent sur mes joues.

Après quelques huuummm humm savants, la horde disparut aussi subitement qu’elle était arrivée en prenant bien soin de retirer les rideaux qui m’isolaient. J’étais assommée. Et c’est en secouant la tête pour tenter de sortir de ma torpeur que j’ai réalisé que nous étions une douzaine de femmes à discuter accouchement avant que le troupeau d’imbéciles se jette sur moi.

J’ai haussé mon regard et pas moins de 22 yeux m’épiaient… Je me suis levée, j’ai refermé les rideaux, j’étais humiliée et j’ai pleuré. J’imagine que les onze autres femmes ont eu peur que je les contamine et ont fait pression car, comme par magie, une chambre privée s’est libérée. Juste pour moi!

Au moins, j’ai eu la paix pour le restant de mon séjour! 😉

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Malgré tout, j’ai appris de cette froide expérience.  Je me suis bien préparée en vue de mon deuxième accouchement qui s’est aussi déroulé par voie naturelle. Cette fois, à l’hôpital Ste-justine où les médecins ont été beaucoup plus respectueux.
Si vous êtes enceinte et que vous avez l’herpès, il y a des médicaments que vous pouvez prendre une ou deux semaines avant d’accoucher afin de prévenir les crises et qui sont sans danger pour bébé… N’hésitez pas à en parler à votre médecin et référez-vous à une clinique obstétrique spécialisée. Vous pouvez aussi m’en parler dans la section questions, ça me fera plaisir de vous répondre et de vous donner des références.