L’auteure tient à préciser qu’il est autorisé d’inverser le genre des protagonistes.  Oui messieurs, libre à vous d’utiliser à vos propres fins les techniques décrites ci-bas.

Vous devez d’abord soigneusement choisir l’endroit.  C’est essentiel de s’y sentir à l’aise.  Vous pourriez choisir la maison mais il est d’avis qu’un terrain neutre semble plus favorable à la démarche.  D’une part il oblige à une certaine contenance, d’autre part, il permet aux deux protagonistes de quitter la scène au moment de leur choix et en toute dignité, si besoin est. 

À cette étape vous devez nécessairement avoir une bonne idée de la personne à qui vous avez  affaire et savoir s’il est soucieux de son image.  Comme les réactions inattendues sont toujours possibles, dans cette éventualité, l’endroit public jouera en votre faveur.  Si toutefois vous craignez les débordements excessifs, il y aurait peut-être lieu de considérer que nonobstant le petit bobo, vous êtes en présence d’un échec à court ou moyen terme. Flushez tout de suite.

L’attitude joue pour beaucoup dans le succès de l’entreprise et c’est pourquoi il est conseillé de bien se préparer et d’avoir même expérimenté votre stratégie à haute voix, avant l’heure H.  Évaluez le ton de votre voix.  Soyez détendue, en contrôle et sûre de vous.  Un peu détachée  mais jamais nonchalante ou désinvolte puisque vous pourriez faire croire que vous êtes indifférente au risque, ce qui s’avèrerait sans doute un facteur défavorable à votre endroit.  Vous devez trouver le ton juste qui vous montrera concernée par sa sécurité sans toutefois devenir alarmiste. 

Au moment fatidique, alors que l’horrible mot doit franchir vos lèvres et que vous vous sentez prête à déménager illico à Tombouctou, il existe une façon simple et efficace de vous empêcher de faire volte-face.  Il s’agit tout simplement d’utiliser la phrase plongeon qui consiste à dire :  « j’ai quelque chose à te dire ». 

Je tiens ici à souligner que la maternité de cette phrase plongeon revient à Bobette que je remercie du fond du cœur pour son apport à la cause.  Après l’avoir prononcée, il devient difficile, voire quasi impossible  de faire volte-face, la curiosité naturelle de votre interlocuteur l’emportant sur votre désir de vous retrouver sous le 8ième sous-plancher.

Pour la suite, le choix de la formulation est essentiel.  Certains mots mal choisis pourraient laisser place à une interprétation négative.  En effet, si vous dites : « j’ai l’herpaizzzze »,  votre interlocuteur pourrait comprendre « j’ai l’air épaisssssse » – ce qui s’avèrerait assez dénigrant à votre endroit –  ou encore « l’air pèse » et vouloir, soucieux de votre bien-être, quitter l’endroit subito. 

Il est donc important d’éloigner le plus possible l’appartenance au petit bobo.

J’ai personnellement choisi de faire porter l’odieux de ma condition à l’autre.  En présentant la situation de la façon suivante :  « il y a quelques années, j’ai fréquenté un homme qui avait l’herpès et qui me l’a transmis »,  je deviens la pauvre victime innocente attaquée dans sa fragilité par l’odieux méchant.  On fait alors ici appel au besoin inné de l’homme de protéger et de sauver la faible créature pourtant si courageuse.

Répartir l’odieux entre tous les sujets concernés peut même s’avérer une stratégie gagnante lorsqu’utilisée avec discernement.  Je rajoute donc parfois  :  « cette situation n’a JAMAIS été un problème pour aucun de mes partenaires mais il pourrait s’avérer que c’en soit un pour toi alors je considère important de te le dire ».

Ici on démontre d’une part notre désir d’honnêteté et de transparence,  tout en sollicitant, d’autre part,  l’esprit compétitif naturel à  l’homme.  Il est à parier qu’il ne voudra pas être le premier et unique poltron qui repartira la queue entre les deux jambes, déconfit par sa lâcheté devant un tout petit virus inoffensif.

Vous avez donc lâché le morceau.  L’accablante nouvelle est désormais sur le fil de presse.  Tout se joue à cet instant.  Laissez maintenant venir à vous le chevalier servant.  S’il s’éloigne subtilement mais indubitablement, vous saurez dès lors que vous aviez affaire à un trouillard et sachez que, maintenant est mieux que plus tard.

Si toutefois votre prétendant, touché par ce mélange de force et de fragilité qui vous habite vous tend les bras pour que vous vous y réfugiez (félicitez-vous alors d’avoir choisi ce Pub pour ses divans moelleux favorisant l’intimité) et  vous glisse tendrement à l’oreille « que ça ne change absolument rien à ce que je ressens pour toi », vous saurez alors que vous avez gagné. 

Vous:  1                              Méchant herpaizzze, cet infâme putride:  0