Mes omoplates ressemblaient à des barres de deux par quatre alors j’avais déclaré qu’un massage était nécessaire.  Et comme j’avais aussi déclaré que j’étais drôlement méritante, je me suis offert le spa suprême.

Vous savez du genre où les employés ne marchent pas mais semblent plutôt flotter au ras du plancher de pierres plates, le sourire avenant, toujours empressés de vous transporter au paradis.

Celui où on vous sert 38 sortes de thés verts  et des sandwichs bio à la luzerne que vous dégustez enveloppée dans une robe de chambre si épaisse que vous peinez à porter votre tasse à vos lèvres.

Celui où planent entre les murs feutrés des airs de ruisseaux et de chants de baleines et où les employées semblent toutes candidates potentielles au titre de belles d’Ivory.  Vous savez ?  Bien c’est ce que je me suis offert.

Je flottais déjà à l’orée des limbes lorsque les portes du paradis se sont ouvertes devant moi.  Un éphèbe aux bras de Popeye le marin s’est avancé vers moi.

Du coup, je ne rêvais plus que d’une chose, arriver à m’extirper de ma ratine et de mon divan de plumes pour le suivre sur son esquif.

– Bonjour je suis Philippe, votre massothérapeute, m’a-t-il dit en me tendant une main douce et ferme.

Moi qui croyais que je ne gagnais jamais rien, je venais de remporter le premier prix à la loterie du fantasme ultime.  Une heure trente sous les mains de cet Adonis au sourire Colgate.  C’en était trop.  J’avais 14 ans et je me trouvais devant Zac Efron.

– Je vais d’abord vous demander de compléter ce formulaire et par la suite, nous passerons dans la salle de massage.

– Mmmmmouiiiiiii!  Avec plé-aisir, ai-je bizarrement prononcer en me félicitant tout de même d’avoir tout épilé et tout nettoyé ce qui se devait d’être épilé et nettoyé.

Souffrez-vous de diabète? Non!  D’asthme? Non! De maladies coronariennes? Non!  Top shape la madame! Du VIH? non! De l’herpès? ……….

Fuck!  C’est quoi le rapport?  Ça  change quoi dans votre vie que sur la grande lèvre gauche, une fois par année, me sorte un p’tit bouton?  Est-ce que le dentiste vous demande si vous avez des feux sauvages vous?  Non mais c’est quoi cette connerie?  Et de toute façon, je suis où ici?  Dans un spa où dans un salon de massage?  Où est-ce que vous avez l’intention de me masser au juste?

…………. ah ouin?

À moins……….. à moins que Popeye ait vraiment l’intention de me transporter au paradis?  Et si ses mains fermes et douces remontaient innocemment un peu trop haut le long de mes cuisses?  Et si d’innocentes, elles devenaient insistantes?  Oh my god!  Je me tortille dans ma ratine.  Est-ce que je serais game?  J’ai chaud. J’ai la bouche sèche et mon cinéma intérieur tourne à fond!

Je jette un coup d’oeil au bel Adonis question de jauger si l’acteur principal de mon film est prêt à tourner …………………. lorsque je le vois flasher un clin d’oeil à la belle d’Ivory qui ramasse ma tasse de thé blanc du Groenland tout en lui frolant subtilement le petit derrière ferme et offert.

Très subtil mais juste assez pour que matante Nitouchka entende clairement retentir le « COUPEZ! » comme on reçoit une claque qui la fait scéance tenante débouler de son nuage!

GRRRR……..Grrrrromèle……. »)¢@¦¬¤!!  !!!

Souffrez-vous d’herpès? Nan!!!  Y’a toujours bien des limites à exposer son intimité au consortium des belles d’Ivory et du Sailor Man.

– Vous avez complété?

Oui monsieur testostérone gonflé à bloc.  Pis t’es mieux de savoir masser comme du monde parce que matante a besoin de se calmer le gros nerfs cinéfantasmographique!!