Archive de Catégorie pour ‘Honte’.

L’autre jour, Meilleur Ami, celui de l’Amoureux, me lance tout bonnement, entre une Heineken et un Daiquiri aux fraises:

-          Nitouchka je voulais te féliciter!

-          Ah bon!?  (J’ai gagné quoi?)

-          Je voulais te féliciter pour ton site.  Mon Petit Bobo.

-          Hey ben……(Malaise!  On a beau dire, j’ai encore une grosse certaine gêne à parler de ma « condition »!)… merci.

-          C’est vraiment super ce que vous faites.  J’ai vu qu’il y avait beaucoup de monde qui vous écrivaient et que vous semblez aider.

-          (Avec un détachement tout ce qu’il y a de plus simulé.  Dans le genre, moi l’herpès, pfff……!) En effet.  On est bien heureuses.  Tu en as parlé à Philomène? ( Cette Philomène)

 -          Oui je lui en ai parlé et je lui ai refilé le lien.

 -          C’est bien! (Ok on peut tu passer à autre chose?  Un autre daiquiri genre? 

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En débutant ce blog nous voulions  présenter une facette moins dramatique de l’herpès, plus humaine.  Je crois bien que nous y sommes arrivées. 

Et comme avec tous les succès, on a eu envie de le partager.  Mais du coup, avec tous ces amis, ces proches et ces amoureux qui peuvent mettre un visage aux avatars de ce blog,  une petite gêne s’est installée et avec elle,  une certaine forme de censure. 

Jusqu’où peut-on raconter des anecdotes de notre intimité sans être déplacées, sans froisser, sans impliquer des gens que d’autres pourraient reconnaitre.

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Plus tard.  Seule avec l’Amoureux.

-         J’étais un peu mal à l’aise tout à l’heure avec l’Ami. 

-         Ah oui pourquoi?

-         Ça me rend mal à l’aise d’une part de parler d’herpès avec lui, et d’autre part, de savoir qu’il peut lire toutes ces histoires sur ma vie privée.  C’était sensé être un truc anonyme et là j’ai l’impression que je vais devoir faire attention à ce que j’écris.

-         Je comprends.  D’ailleurs il s’est reconnu dans l’histoire du wetsuit.

-         NONNNN!

-         Oui. 

-         Merde!!!

-         Mais il a aimé la conclusion, lorsque tu dis que tu ne lui en veux pas et que tu aurais pu faire la même chose.

-         Quand même…. Fiou!  Tu crois que je devrais enlever le paragraphe où je dis que dans le fond, il n’a jamais vraiment été amoureux de Philomène?   Parce que si elle aussi se reconnait il est mal barré.

-         Mouais…………

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Après que mon petit hamster ait brûlé les bering de sa roue et ait frôlé la crise cardiaque j’ai fini par conclure.  Et puis merde!  C’est mon blog après tout. 

Alors sachez que les noms ont tous été changés mais que toute ressemble avec des personnes connues pourrait ne pas être fortuite. Et j’y peux rien. Gnan!

Avec le temps, on croit qu’on a fait le tour, les filles et moi on s’essouffle.

L’herpès on en a parlé, on l’a décortiqué sous tous ses angles, on l’a dédramatisé, on en a ri et on s’est donné des tapes dans le dos en se disant que ce n’était vraiment pas la fin du monde.

On vous a raconté nos belles histoires d’amour, nos jours sombres et nos matins ensoleillés. Bien des souvenirs y sont reliés.

L’herpès nous a certainement transformé et j’ai souvent pensé que c’était pour le mieux.  Bref, je n’y changerais pas grand chose puis, avec une bonne dose de Valtrex, on fini presque par l’oublier…

Ça fait plus de vingt ans que ce vilain mot est entré de le quotidien de mon vocabulaire.  Au début, pendant environ les cinq premières années, il est venu me hanter toutes les trois semaines. Ensuite, ça s’est estompé peut-être aux quatre semaines, puis cinq, puis six… Et maintenant, il m’arrive de sauter un mois ou deux (p’être même trois).

Je l’ai accepté ça. J’ai accepté que ce serait toujours présent et que de m’apitoyer n’y changeais rien… Et des bons côtés j’en ai trouvé comme celui de pouvoir discuter concrètement d’its avec mes enfants ; de sentir que je peux changer des choses dans le désarrois des autres ; de me donner une raison d’écrire ; de rencontrer des gens formidables et sensibles et de mettre sur ma route des humains dont les valeurs vont au delà d’un petit bobo.

Bref, l’herpès c’est pas grave.  Je suis en amour avec un homme extraordinaire qui n’a pas un iota de trace herpétique dans l’sang.  Quand je l’ai rencontré je lui ai évidemment tout déballé mon charabia. Je lui ai dit que je connaissais bien mes symptômes et que je prendrais un traitement suppréssif afin d’éviter lui transmettre…

C’est ce que j’ai fait.  Je me suis tapée un dose de Valtrex par jour pendant plus de six mois et on oublié toute cette histoire de coloc.  On n’en parle presque jamais et les préservatifs sèchent au fond de nos tiroirs. Tout beigne et je ne vois pas l’ombre d’une poussière flotter au dessus de notre petit nuage rose.

Mais dernièrement, parce que je n’aime pas être trop médicamentée et que je souhaite donner une pause de bleues à mon système, j’ai diminué ma dose à un jour sur deux ou trois la semaine où on se voit moins (enfants obligent) mais continue d’en prendre tous les jours quand on est ensemble…

Bon.  J’aboutis !  J’aboutis ! C’est que là, je me tape une crise !

Crisse !

J’aurais tellement voulu ne plus jamais y penser et me laisser bercer par l’Amour…

Biiiiiiiiiien non : je viens de recevoir une bonne dose de réalité en pleine face et va falloir que j’en reparle à mon amoureux. Concrètement.

Je n’ai pas de problème à lui dire qu’on devra se tenir tranquille quelques jours mais là où je me sens mal, c’est d’avoir à ramener tout ça sur le tapis et de lui rappeler que je suis une transmetteuse…  C’est un peu comme si j’avais à m’éventrer à nouveau pour étaler toute une confiture nauséabonde et, bien que je l’accepte et que mon Presqueparfait est au parfum, je me sens comme si je devais lui annoncer pour la toute première fois !

Je sais que j’vais en avoir toute ma vie et malgré que je sache aussi que mon amoureux va me prendre dans ses bras et qu’on va être heureux, je me sens vulnérable, là, maintenant.  Voilà!

Et pour finir sur une bonne note positive… On peut conclure que, même si on s’essouffle un peu, on a pas fini d’en parler, qu’on est bien placées pour vous comprendre, qu’on aura toujours besoin de support et que vous allez nous entendre encore longtemps !

—-

AJOUT 1 : lorsque j’ai voulu en parler à mon amoureux, il le savait déjà : il avait lu mon billet !  Vive le blogue et j’aime mon chum !

AJOUT 2 : finalement, y’avait pas de quoi fouetter un chat : ma crise n’était qu’un fichu poil incarné ! C’est que ça nous rend un peu parano ce petit virus ! En tout cas, voilà tout de même une preuve pour mon amoureux que je suis plus que vigilante!!!

On en a tous un. 

Pour beaucoup d’entre nous ici, c’est l’herpès. 

Certains le voient comme une palissade infranchissable, une muraille de pierre qui nous condamne à vivre en périphérie de la vie. 

Pour d’autres, c’est un petit muret qui se dresse à certains moments sur notre chemin et que nous traversons, péniblement ou sereinement.  C’est selon.

Nous en sommes les artisans et nous le forgeons de la matière dont nous voulons, consciemment ou inconsciemment.

Le mur.  Ce sacré mur.  C’est ma copine Loulou qui l’a baptisé ainsi. 

Lorsqu’on rencontre quelqu’un, on a tendance à se barricader derrière, ce grand mur en forme de H, convaincus qu’il n’en existe pas de plus laid, de plus infranchissable.  Tellement tournés sur sa petite misère qu’on oublie qu’un mur peut prendre bien d’autres visages. 

C’est les histoires combinées de May et de Loulou qui m’ont fait réfléchir au mur. 

Terrifiée à l’idée d’être rejetée, May a choisi d’annuler un rendez-vous.  Elle s’est emmurée derrière le grand H.

Loulou quant à elle, a eu une date avec un gentil garçon.  Il lui plaisait drôlement et il semblait partager cet engouement.  Pourtant, Loulou a senti la muraille qui se dressait tout autour de lui.  Une muraille qu’il n’a pas franchie.  Une muraille que Loulou a sagement décidé de ne pas percer.

Il est disparu et on a jamais su pourquoi. 

Il existe 100, 1000, 10 000 raisons de se voir comme une marchandise avariée.  Et l’herpès n’est pas la moindre. Quel était son mur?  Lui seul le sait. 

Notre mur semble toujours à nos yeux, le plus infranchissable, le plus hideux.  Et pourtant.

J’ai connu quelqu’un qui refusait de rencontrer, convaincue qu’elle était qu’aucun homme ne voudrait d’une femme monoparentale avec 3 enfants à charge à temps plein.  C’était son mur.  Elle le voyait de béton armé.

J’ai connu également une maman débordée par les soins que demande un enfant trisomique alors que le papa est disparu du portrait, qui se refusait à toute avance puisqu’elle se jugeait non aimable.

Loulou quant à elle, a connu un type qui croulait sous les dettes, incapable de gérer son trouble compulsif qui le poussait à acheter constamment et qui l’empêchait de créer des liens véritables avec une amoureuse.

J’ai aussi connu quelqu’un qui croyait qu’il n’existait pas de plus grand obstacle que sa phobie sociale, ce secret qu’il arrivait à révéler mais toujours rongé par la peur d’être rejeté.  On connait n’est-ce pas?

Et que dire de cette jeune fille magnifique qui s’est vendue à rabais à un idiot, convaincue de ne pouvoir mériter mieux tellement elle était envahie par sa phobie d’avoir mauvaise haleine.

Qu’on soit gros, malade, désorganisé, les raisons sont infinies lorsque vient le temps de se convaincre qu’on ne peut être aimé. 

Et pourtant. 

Imaginez un instant :  et si le gentil garçon que Loulou a rencontré avait en fait été terrifié à l’idée de lui annoncer qu’il avait l’herpès?  Et s’il avait préféré couper les ponts avec elle plutôt que de faire face à la musique? 

Vous saisissez l’ironie de la chose?  Dans cette perspective, quelle belle occasion il a laissé passer.  Quelle tristesse aussi.

Et si le prétendant de May avait également eu l’herpès?  Ou n’importe quel autre mur qui l’aurait rendu sensible à sa réalité?

Mais on ne saura pas.

Combien d’occasions avons-nous ainsi manquées dans notre vie, coincés derrière le mur qu’on s’est construit?

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Je cite May ici (et elle me pardonnera j’espère) mais ça aurait pu être moi, Bobette, Amétys et beaucoup d’entre vous j’en suis convaincue.

C’est bien chouette de faire couler un peu d’encre et on a beau dire les filles et moi; on ignorait vraiment à quel point ce blogue aurait de l’impact sur nos vies et sur la vie des autres…

Franchement non seulement on a du plaisir à régler nos comptes avec notre hôte mal aimé, on est d’autant plus émues des témoignages qu’on reçoit de votre part.  Ça nous fait vraiment tout drôle de savoir qu’on laisse peut-être une petite marque positive en quelque part, dans la vie de quelqu’un…. Et encore plus à titre tout-à-fait anonyme!

Merci de nous en faire part. Ça donne du gaz à nos claviers!

Oui, MPB fait couler de l’encre… et pour preuve, cette semaine chez Branchez-vous!, Josianne Massé a parlé de nous – Merci Josianne!

Figurez-vous donc qu’entre les Martin Petit, Alain Zouvi et Mitsou de ce monde, le nom de MPB en grosses lettres presque dorées - Bon, bon, ok! C’est probablement juste nous autres qui les a vues de même! - a été associé à celui de l’admirable Michelle Blanc

Oui, oui… La question qui tue a été bien lancée:  «Est-ce qu’un tweet sur la vaginite de Michelle Blanc peut avoir autant d’impact que Mon petit bobo, un blogue sur l’herpès???»

Faudrait bien que quelqu’un tweet là-dessus parce que nous, on a pas de réponse mais en gros, on est pas mal certaines que Michelle est un tantinet plus populaire que nous trois réunies - même avec tous nos amis et enfants – et qu’on entendra certainement beaucoup plus longtemps les échos de sa vaginite que ceux du drame vécu par certaines personnes à cause d’un virus quasi anodin et très répandu dont on n’ose même pas parler…

Ah oui, on en a du chemin à faire!

Loin le jour où on pourra dire que je nous voyais déjà - full glamour – parler de Mon petit bobo et du feu sauvage de l’amour à Tout l’monde en parle avec toutes les trois un gros sac de papier brun sur la tête!!!

;-)

- Oui bonjour, je voudrais renouveler ma prescription.

- Bien sûr. Puis-je avoir le numéro.

- Oui, c’est le 123jailherpes.

- Ah, votre prescription n’est plus valide!

- Plus valide??? Impossible!

- Je vous dis, je ne peux pas vous la renouveler, elle date de 2007.

- Impossible!  Regardez comme il faut! Dis-je sur un ton un peu désespéré.  Vous pouvez au moins m’en donner pour un mois en attendant, s’il faut que je renouvelle mon ordonnance non???

- NON, ça date de trop longtemps, je ne peux rien faire!

- OK… Écoute moi bien lààààà… J’ai l’herpès GÉNITAL depuis plus de 20 ans!… JE SAIS CE QUE J’AI NON?????  C’EST PAS DES CALMANTS QUE JE DEMANDE LÀÀÀÀÀÀÀ SIMONAC (quoi que je devrais p’t'être en prendre finalement)!!!…  Vous faites sûrement une erreur !!!! J’en ai besoin…..C’EST URGENT!… MOI J’AI L’HERPÈS pis mon nouveau chum BIEN IL L’A PAS…. Vous comprenez ça NON?????

- Je ne peux rien faire moi madame… J’vous passe le pharmacien!

- Oui bonjour?

- Bon monsieur le pharmacien. Votre technicienne me dit bla, bla, bla , il faut me comprendre làààà!!!! J’ai l’herpès génital moi puis bla, bla, bla…. Pas mon chum….. Puis….

Bref, un peu plus que je faisais encore plus folle de moi en adoptant un ton larmoyant pour lui dire qu’on avait juste une fin de semaine sur deux sans les enfants puis que là, c’était notre fin de semaine (si vous comprenez ce que je veux dire)…

- Mais madame…. Madame!  Laissez moi vous interrompe un petit instant!…  La prescription est bien dans votre dossier, la technicienne n’a tout simplement pas vérifié jusqu’au bout de votre fiche.

-…

- Vous pouvez venir chercher vos Valtrex d’ici une heure.

-… heuuu…. Ah???…. Bien merci alors.

Fuck! Je dois aller à la pharmacie!………..  Quelqu’un a un masque à me prêter???

Les copines se plaignent.  Nitouchka a disparu des écrans radars.  Hey oui.  Amour quand tu nous tiens.  L’arrivée de Margojolie m’a quelque peu déculpabilisée mais quand même.  M’en va vous entretenir.

Nitouchka surfe sur la vague de l’amour.  Et comme ici c’est un blog sur l’herpès, m’en va vous entretenir sur l’amour à l’heure de l’herpès.

Un matin comme un autre.  7h30 le téléphone sonne.  Je me farcis le trafic.  C’est Loulou et son appel quotidien.  On n’a pas toujours quelque chose à se dire mais ce matin là y’avait de la viande sur l’os.

Nitouchka - Ça va ?

Loulou – Mouais….

Nitouchka – Maizencore ?

Loulou – Sti qu’ça me fait chier !

Nitouchka – Raconte……

Loulou – L’herpès câlisse !

Nitouchka – Ah celui-là……

Loulou – Je me tape une crise.  Une méga.  Évidemment pas question qu’on s’amuse mon Jules et moi (Loulou a un amoureux.  Depuis plus de 3 mois.  Yeah ! )

Nitouchka – En effet……

Loulou – Mais le problème est pas là….  Le problème c’est que je n’arrive pas à lui dire qu’on ne peut pas s’amuser.  Nitouchka ça me fait chier.  J’ai l’impression que si je lui en parle, du coup je lui rappelle qu’il court un danger et que je suis une personne non grata.

Nitouchka – Je te comprends.

Loulou – Ah oui?

Nitouchka -Ben kin!  Le dire c’est une chose.  Le redire en est une autre aussi difficile.  A-t-on vraiment le goût de constamment faire des rappels:  “Oh by the way, tu te rappelles que j’aie l’herpès hein?!”

Loulou – Mets-eeeeeeeeen!

Nitouchka – Regarde chéri la jolie petite gâle.  N’est-elle pas mignonne?  Tu veux t’y frotter

Loulou – Hé! Hé!  Justement.  J’ai tellement pas enviiiiiiiiiie!  J’ai l’impression qu’il va prendre ses jambes à son cou.

Nitouchka – Mouais.  Pourtant….

Loulou – Mouais. 

Nitouchka –

Loulou –

Loulou – Mais j’aurai pas le choix.

Nitouchka – T’auras pas le choix.  À moins de l’éviter pendant une semaine ou deux, mais là c’est d’autres problèmes que tu risques d’encourir.

Loulou – Mouais. (soupir)  Je pourrais essayer les larmes.  Parfois la compassion est plus forte que le dégoût non?

Nitouchka – C’est une bonne option.  Malgré ce qu’ils racontent, les hommes aiment les larmes.  C’est clair.  Tu pourrais essayer ça.  Il va tellement être occupé à te consoler qu’il va en oublier l’enjeu essentiel.  C’est une bonne idée je l’essaierais.

Loulou – C’est la seule qui me vient en tête surtout.  Faudrait prendre le temps de mettre au point un ensemble de stratégies.  Tu fais quoi toi habituellement?

Nitouchka – J’ai pas de crises. 

Loulou – Ah c’est vrai.  T’es chanceuse ……….

Nitouchka – Je sais.  Ça fait chier.

Loulou – Mouais.  Un peu quand même.  Mais on t’aime pareil.

Nitouchka – Moi aussi je t’aime Loulou.  Tu vas lui dire?

Loulou – J’ai tu le choix?

Nitouchka – Nope!  Go girl!  You’re a fighter!

Chers lecteurs,

Je suis désolée.  Je sais que vous aviez tous sans doute très hâte de savoir comment s’était passée cette soirée de dévoilement.  Je viens à vous bien penaude.  Je me suis dégonflée.  Totalement.  Incapable.  Figée.  Chicken à l’os.

Plus le moment approchait, plus l’angoisse montait.  Pourtant dans la journée j’avais bien mis en place mon scénario, choisi les mots, imaginé la scène, mis au point des mécanismes pour faire diminuer l’angoisse.  J’avais même fait une répet avec Loulou.  Une vraie pro croyais-je.  Je suis si habile lorsque vient le temps de conseiller les autres mais je suis pourrie dans l’art d’appliquer mes propres conseils.

À quelques minutes de l’heure H, alors que je me dirigeais vers le lieu de notre rencontre, la panique s’est emparée de moi.  Les crampes, l’angoisse.  Jamais je ne serais capable.  Bobette, Amétys, Loulou, Miss Sagesse, je les ai toutes appelées à la recherche du courage qui fuyait à tout vent.

Je ne sais pas si je cherchais de l’aide ou plutôt une raison pour me dégonfler mais lorsque Loulou m’a dit de me calmer et qu’au pire du pire, je pouvais à la dernière minute décider de ne pas lui dire, j’ai sauté là -dessus comme un ballon s’écrase sur une aiguille.  Pouf!  J’ai su que je ne le ferais pas. 

J’ai joué les demis prudes.  Maintenant je regrette.  Putain je regrette.  On fait comment pour connecter avec quelqu’un quand un gros éléphant se trouve entre nous?

Chaque moment qui passe rend la chose plus difficile encore.   On dirait que dans ce domaine, l’expérience ne compte pas.  Chaque fois on recommence à zéro.  Chaque fois c’est aussi souffrant.  Malgré les belles expériences.  Me voilà même à me questionner si dans le fond, il me plait vraiment.  Si ça vaut le coup que je m’occasionne une telle torture. 

Mais je sais que, j’ai beau me négocier, rendu ici peu importe, il me faut sauter car j’ai l’impression que si je ne le fais pas maintenant  je n’y arriverai plus jamais.

Alors chers lecteurs, ce n’est que partie remise.  Il faut ce qu’il faut et je le ferai.  Je le ferai.  Rendez-vous à l’épisode 4.

J’ai hâte qu’on change d’histoire mais mes copines, à part de faire les mouettes peu fréquentables, elles stagnent làààà!!!

Bien voilà! Je vous dis tout! Voilà ce qu’elles font mes amies mouettes:  elles dansent pendant que moi je cours le fromage…

Mais j’les aime mes amies mouettes parce qu’elles sont excellentes pour chasser le chat de gouttière!

;-)

P.S.: Pour les curieux celle qui fait des pirouettes c’est Amétys. L’autre, vous l’aurez compris, c’est Nitouchka!

Ma copine Loulou m’appelle pratiquement tous les matins.  On se raconte tout et rien et on partage nos idées sur la vie.  Il arrive parfois qu’une de nous deux ait un fait marquant à raconter.   Ce matin là, Loulou n’en pouvait plus de ne pas me dire.

Loulou dans un souffle:   Aaaaaaah!  Faut que je te dise.

Nitouchka sentant le potin croustillant:   Raconte!

Loulou embarrassée:  Ben……. j’voulais pas te le dire………  J’ai hooooonte

Nitouchka assurée d’un potin croustillant:  BEN LÀ!!!  Raconte!!

Loulou:  J’ai un amant!

Nitouchka:  Oh!  Ça on aime ça!  Je suis toute ouïe!

Loulou:  Il y a un mois,  j’ai eu une soirée avec ma gang de ….  J’avais du fun, le vin coulait pis toute la soirée, ce gars là tournait autour mais rien ne semblait vouloir vraiment se dessiner.  J’avais aucune attente d’ailleurs.  Je prévoyais rentrer sagement chez moi.  Au moment de partir, il m’a offert de partager un taxi.  Premier arrêt chez lui.  Deuxième chez moi.

Nitouchka:  Et? 

Loulou:  Je ne me suis jamais rendue chez moi.

Nitouchka:  Ohhhh!!  T’as couché avec? 

Loulou:  Beeeen…… oui!

Nitouchka:  Et………….?  Tu lui as dit?

Loulou:  Ben……… Noooon!

Nitouchka:  Condom?

Loulou:  Ben là!  Franchement………

Nitouchka:  J’sais ben mais tsé comment chus mère poule!  Ça valait la peine au moins?

Loulou:  Franchement?  Super!!  Gentleman le monsieur.  J’ai rien à dire!  Il m’a collée toute la nuit, m’a fait le café le matin, a soigné ma gueule de bois aux aspirin et est venu me reconduire chez moi.   C’était cool, relax et je suis rentrée chez moi prête à ranger ce moment dans le tiroir des bons souvenirs.

Nitouchka:  Cool.  Mais pourquoi t’as honte?

Loulou:  Ben……… j’y ai pas dit.

Nitouchka:  Ben là!!!  Penses-tu franchement que je te jugerais là-dessus.  Tu as fait ce que tu devais faire:  t’as mis un condom, tu n’étais pas en crise, tu prends du Valtrex et en plus, il est un homme (il faut savoir que le risque de transmission de la femme vers l’homme est beaucoup plus faible que l’inverse).  Tu connais ma position là-dessus!  Il a plus de chance de gagner au 6/49 que d’avoir attraper l’herpès.  Vous étiez chauds, c’est sans lendemain.  Des risques tu en cours autant que lui.  Voilà!  No reason to be ashamed!

Loulou:  Je le sais et je partage ton opinion aussi.  Mais l’affaire c’est que je ne pensais pas qu’il me rappellerait.  Mais il l’a fait.  Et j’avais envie de le revoir.  Et on s’est revu.  Hier.

Nitouchka:  oh!?…….

Loulou:  ……….

Nitouchka:  Tu as recouché avec sans lui dire.

Loulou piteuse:  Hum! hum!  ……… J’ai ben essayé de lui dire.  Je passais mon temps à aller au toilette pour me faire des meetings de motivation mais chaque fois que je sortais de la salle de bain, le  courage que je pensais avoir rassemblé arrivait même pas à passer le cadre de porte.  Misèèèère!!!   Là je pense rien qu’à ça.  Je sais qu’il va rappeler.  Je sais qu’on va se revoir.  J’ai le goût de le revoir mais…….Pffff!   Je suis épouvantable. 

Nitouchka:  Loulou rassure-toi.   Je te comprends tellement.  Mais TELLEMENT!!  Ça fait toujours mal de devoir dévoiler notre petit secret!  Ça coûte cher.  Je le sais, tu le sais!  C’est comme se lancer d’un avion, sans parachute, en sachant que la seule chose qui peut atténuer la chute c’est un tas de marde!!  L’enfer mon p’tit minou!  N’importe qui hésiterait à sauter!  Par contre, dès que tu en as l’occasion, décharge toi de ton petit singe.  Plus tu attends pour lui dire, plus ce sera difficile.  Faut que tu lui dises!

Loulou:   Je sais.  Je le sais tellement.  Mais avec déjà deux strikes, j’ai l’impression que le bout de la manche vient de me pogner dans l’engrenage mortel du scénario d’horreur!

Mon amie Loulou et moi on s’est fait un petit peptalk mutuel pour l’aider à plonger la prochaine fois que Monsieur Gentleman lui ferait signe.  D’une part, on s’est entendues sur le fait que c’est bien pire d’être pris avec son secret que de le partager.  Et plus on attend, pire c’est.  Une rage de dent multipliée par 10 chaque fois qu’on remet ça à plus tard.  Un court bilan de toutes les fois où on a eu à le dire a suffit pour conclure qu’on se sent tellement plus légère après. 

D’autre part, M. Gentleman, on en était convaincues, n’était pas pour  lui faire une scène et la traiter de tous les noms.  Pas un gars qui te coule un café et te grille deux aspirines le lendemain de ce qui a tous les traits d’un one night. 

Monsieur Gentleman a rappelé.  Loulou avait eu le temps de mémoriser la Bible, de solidifier son courage et de faire la preuve qu’il ne sert absolument à rien de cacher quoi que ce soit à ses amies.  L’union fait la force qu’ils disaient et c’est tellement vrai. 

Devant une tasse de thé Loulou a dévoilé son secret comme on régurgite une livre de clous.  Ça faisait mal et elle lui a dit. Monsieur Gentleman a été surpris bien entendu mais fidèle à ce qu’on attendait de lui.  Il a posé des questions et cherché à comprendre ce qui lui était inconnu.  Il a remercié Loulou de sa franchise, l’a saluée pour son courage et a reçu sa vulnérabilité comme une marque de confiance.

 Ils ont eu une conversation très sincère, une conversation qui dépassait le niveau superficiel, comme rarement on peut en avoir avec des gens qu’on connait si peu.  Loulou lui a dit que c’était sa réalité, qu’elle vivait relativement bien avec mais que le choix de l’accepter ou non, lui revenait à lui et qu’elle le respecterait, quel qu’il soit.  M. Gentleman a été soulagé, elle l’a bien vu. 

Même si elle aimerait bien qu’il le fasse, Loulou ne s’attend pas à ce qu’il rappelle.   Elle le sait.  Ça se sent ce genre de truc.   Monsieur Gentleman, c’était implicitement clair depuis le début, ne cherchait pas une relation sérieuse. 

Mais ce qui est bien dans cette histoire c’est que Loulou a réalisé que, quoi qu’il puisse décider, Monsieur Gentleman n’a pas le pouvoir de la rejeter.  Quoi qu’il arrive, son choix se limite à accepter ou non l’herpès.  Il n’a pas le pouvoir de changer qui elle est et ce qu’elle vaut.  Ce choix, lui appartient à elle.

Et j’ai pensé à cette citation d’Eleanor Roosevelt et je me suis presque réconciliée avec l’herpès:   “No one can make you feel inferior without your consent.”

J’ai bien envie de vous raconter comment un jour, fraichement initiée au coloc, j’ai décidé d’affronter ma plus grande peur du moment: celle d’annoncer en toute première que j’avais l’herpès!

Pour ce faire, j’avais imaginé le plan parfait, presque diabolique. UN TEST d’une importance capitale qui allait être garant de mon avenir sexuel, de ma vie après l’H.

Cette rude épreuve m’imposerait d’un trait un avenir de chasteté pure ou m’accorderait une trêve en me redonnant espoir que je pourrais encore recevoir les caresses d’un homme. Oui, cette épreuve allait être plus que décisive!

Bien que plutôt froide à tenter l’expérience, j’étais plus que déterminée.

Il ne me manquait que le cobaye dont j’avais tracé, d’un coup d’imagerie mentale, le portrait parfait!

Armée de ma mini-jupe foudroyante, je suis entrée dans un bar du centre ville et j’ai attendu.

Après un court moment, le cobaye en question est apparu!!! EXACTEMENT LE TYPE QUE JE CHERCHAIS qui en fait, n’était pas mon type du tout : bedonnant, boutonneux, prétentieux, affreux…. Il était très certainement en manque de sexe!

Donnons lui un nom…. Tiens!…… Appelons-le Frankenstein!

Alors Frank, m’offrit quelques verres que j’acceptai volontiers question de me donner le courage dont j’avais besoin pour atteindre mon objectif et pour briser cette glace qui me tenait en otage.

Nous avons jasé un peu… À peine…. En fait, je ne faisais que gravir les échelles de mon jeu afin de m’approcher, à vitesse vaporeuse, de mon but…

IL FALLAIT QUE JE LE FASSE…

En choisissant un type aux antipodes de mes fantasmes, je choisissais de ne pas tomber de bien haut en cas de rejet sauf qu’en même temps, je savais que ça pouvait aussi se conclure en un ticket direct pour aller chez les bonnes sœurs…….. Ouais…… Parce que si l’épouvantable Frank -grand bien lui fasse- me rejetait du revers de la main, j’étais certaine que seul le curé de la paroisse voudrait encore de moi!

Évidemment, mon plan fonctionna à merveille et Frankenstein m’invita chez lui……. Non mais fallait bien battre le fer tant qu’il est chaud et tant qu’à être chaude aussi bien le battre illico!

Bref, Frank me fit faire le tour de son appartement en profitant peu subtilement de la visite de la chambre à coucher pour me sauter dessus. L’heure du «Ça passe ou ça casse!» était finalement arrivée et c’est avec une langue profondément enfouie dans la bouche que j’arrivai à prononcer ces mots:

- Chtop! Cha chuffit…. J’ai quelque chose à te dire!

Je le repoussais. Il me regardait d’un air étrange. J’avais les yeux pleins d’eau. J’avais tellement peur qu’il me rejette comme ce détritus qui nous lève tant le cœur…

Mais il n’en fit rien et écouta ce que j’avais à dire!

Probablement à cause de mes larmes, ne sachant comment réagir et ses élans sexuels refroidis, il m’offrit un peu de compassion et me prit dans ses bras. Tièdement. Sans plus. Mais pour moi, ce fut une réelle victoire…

Rendue sur la case d’arrivé et je n’avais pas mis le pied sur le serpent qui aurait pu me faire glisser vers le bas!

J’étais soulagée. Tant et aussi bien que pour le remercier -mais avant tout surtout pour savoir s’il accepterait une forme quelconque de sexualité avec moi- je lui offris une petite compensation orale!

Wow, quand je repense à ces moments de ma jeune vie d’adulte que je croyais gâchée à jamais je trouve que j’ai fait pas mal de chemin… J’accepte et j’assume. L’herpès ce n’est pas un drame, c’est un obstacle à franchir, une épreuve à surmonter…

Et aujourd’hui, j’ai conscience que cette première annonce fut probablement la pire de toutes: celle où j’ai été le plus rejetée. Mais je l’ai vécu comme une grande victoire!

Je n’ai plus jamais eu de nouvelles de Frank mais j’ai cru entendre la complainte du pauvre curé qui a dû se priver d’une nouvelle none!!!

;-)

Mon petit bobo…

Le blogue de trois filles bien sympathiques, Amétys, Bobette et Nitouchka, vivant chacune avec un petit coloc dans la culotte!

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